J’arrive de Québec. Je suis allé voir Meshuggah avec Cannibal Corpse et Carcass. J’apprécie toujours mes périples dans la Vieille Capitale pour assister à des concerts. Je le dis et je le répète, cette ville est plus conviviale. Les gens sont jaseux, tout le temps. Même si j’avais l’impression que 40% de la foule provenait de l’extérieur de Québec, je sais remarquer les gens qui sont des alentours, un peu plus éloigné aussi car il y avait un fort contingent de Saguenéens, vendredi soir. Et il n’y a pas eu de chicane de fans des Remparts versus ceux des Sags, voyons donc!

Non, rien de belliqueux, que de la franche camaraderie métallique. C’est toujours bon, surtout qu’en ce moment, nous sentons que les dirigeants (élus ou non) au sud de la frontière, ne montrent pas vraiment l’exemple face au savoir-vivre, à la diplomatie et à la politesse. Surtout Marjorie Taylor Greene. Mais ça, c’est une autre histoire…

Vous savez, après leur prestation, les membres de Meshuggah sont venus lancer des picks et des baguettes de drums. Un classique. L’attrait face à ces objets (qui ont peu de valeur à la base) est immédiat, question de garder un souvenir unique de la prestation. Fredrik Thordendal a lancé quelques plectres et un est arrivé tout près des pieds de mon fils, qui s’est agenouillé pour le cueillir, tel le pissenlit au printemps.

Un autre gars, tout près de lui, lui a levé les doigts, a inséré sa lourde paluche sous la main de mon garçon pour subtiliser le précieux plectre. Mon garçon était en furie, c’est certain mais dans ce type d’exercice de force, il faut parfois savoir concéder la victoire au plus intense. En bon joueur, il s’est relevé et a donné une tape dans le dos du garçon qui devait bien avoir, une dizaine d’années de plus que lui.

C’est ça, l’esprit métallique! Dans mon dernier papier sur Gates to Hell, je vous parlais de l’esprit de camaraderie dans le mouvement -core. Dans le metal, c’est assez similaire mais moins grégaire, si je peux me le permettre. Dans les nombreuses sous-couches métalliques, il y a aussi ce sentiment amical, que ce soit entre les groupes ou entre les fans.

Une des factions qui a su tirer avantage de cet élan de franche camaraderie reste le crossover. Mélange de hardcore/punk et de thrash, ce style a toujours été bien accepté, surtout pour sa forte propension à faire la fête, bière à la main tout en faisant des oui-oui de la caboche.   

Je suis tombé sur la formation Doomsday, du moins l’une des formations qui porte ce nom car selon les dernières statistiques, il y aurait 15 orchestres métalliques qui séviraient sous cette appellation. Ce qui m’a attiré, c’est le fait que ce Doomsday, qui se veut américain, est le groupe de Ryan Calaveras, bassiste chez Ripped to Shreds. Par contre, avec Doomsday, il est sur la guitare. En faisant une première écoute de cet album du nom de Never Known Peace, je me suis bien rendu compte que ce projet de Calaveras n’est pas saucé dans le death metal mais plutôt dans le style crossover, bien thrashé avec des pompons hardcore tout le tour du sombrero!

J’ai fait un premier tour du propriétaire et après avoir entendu la cinquième chanson du nom de Pain Dweller, je me suis rendu à l’évidence que Doomsday avait le beat aussi culotté qu’un Power Trip mais avec un vocal plus rêche, comme celui de Wasted Youth dans le temps. Enivré, j’ai remis l’album au début pour me permettre de bien en saisir l’essence, maintenant que j’avais trouvé le comparatif parfait, selon mon expertise.  

Sons de cloche en introduction pour nous confirmer qu’avec Death is Here, le groupe partira sur un galop. À la voix, je sens que Carlos Velazquez aurait été un choix plus judicieux pour remplacer Zetro dans Exodus. Son attaque est juste assez nasillarde et on sent que le dude est largement irrité dans sa vie. Par quoi? Difficile à dire! Lors des refrains, les chants en groupe sont de mise, ce qui confirme leur allégeance au genre.

Avec The Outlaw, le riff en introduction est assassin et le reste de la chanson est rapide mais bien balancé. Avec Eternal Tombs, on tombe en mode « se rapprocher du stage pour aller gueuler dans le micro ». Les leads à la guitare sont impressionnants pour le genre. Généralement, dans ce style musical, le focus est mis sur l’attaque du riff mais avec Doomsday, on sent que les guitaristes que sont Calaveras et son partenaire Robert De Lorenzi connaissent largement, sous toutes les coutures, cet instrument qu’est la guitare!  

Killing Fields est un morceau de course, Execution’s Hymn est présentée avec une ligne plus apocalyptique. On y retrouve même une ligne de clavier très subtile et plus fataliste, ce qui vient changer l’atmosphère globale. Ensuite, les deux grosses caisses mènent l’attaque sur Never Known Peace et Everyday War est la plus revendicatrice avec ses impulsions très spontanées. Si un clip existait pour cette chanson, c’est certain que nous aurions un gros plan du chanteur en train de regarder directement dans la caméra, tout en marchant dans une rue d’Oakland, avec le reste du « posse » qui vient puncher les mots-clés en se poussant devant l’objectif du Kodak.

Le ton est plus rauque sur Holy Justice et je sens les effluves de Power Trip encore sur celle-ci. Finalement, Remnants of Spite est une balle rapide qui permet de fermer l’album avec intensité et me confirme que Doomsday ne réinvente rien dans le genre mais d’entendre que les musiciens soient capables de créer d’excellents riffs accrocheurs, tout en sachant tirer correctement au niveau de la guitare, c’est parfait pour l’amateur de crossover que je suis.

Et c’est dans cet état de franche camaraderie que je vous laisse ce texte au sujet d’une autre formation américaine, confirmant que le comportement des scribes métalliques d’ici n’est aucunement belliqueux. Une fois de plus, l’esprit de camaraderie unifie les gens métallifères et une fois de plus, il y a des notes à prendre!              

Disponible maintenant sur Creator-Destructor Records.

https://doomsdaycahc.bandcamp.com/album/never-known-peace

Photo : Chris Johnston