Ceux qui lisent régulièrement mes billets sur ArsMediaQc savent que je suis beaucoup plus enclin de vous jaser au sujet de formations de type death métallique. Que voulez-vous, c’est mon style de prédilection! Par contre, le black metal est encore une sous-couche métalloïde qui m’intrigue et lorsqu’une formation attire mon attention, je demeure curieux face à leur musique et bien souvent, leur concept. Surtout lorsque je me rends compte que le groupe vient d’une partie du globe plutôt, particulière. C’est le cas avec Grima, groupe qui nous vient de la Sibérie, en Russie. J’ai profité d’une offre du label Napalm Records pour jaser un brin avec l’un des cerveaux de la formation, le multi-instrumentiste et fondateur de Grima, Vilhelm. Entretien exclusif avec Vilhelm, responsable des voix, des guitares, de la basse et des claviers avec cette troupe énigmatique.  

Tout d’abord, pourriez-vous nous en dire un peu plus sur votre groupe et sur la naissance de Grima ?

V : Salutations à tous ! À l’origine, Grima a été créé comme un projet studio en 2014. Notre duo voulait produire un album entièrement par nous-mêmes, du début à la fin. C’était une expérience : nous voulions comprendre le processus d’enregistrement et la création d’arrangements complets dans nos compositions. Travailler en duo nous a permis de nous concentrer sur notre propre vision du black metal. Nous voulions créer un puissant artefact magique sous forme musicale, capable de transmettre nos idées artistiques de manière unique. Nous avons été surpris d’attirer davantage l’attention du public international que du public local. Naturmacht Productions nous a pris sous son aile, et ensemble, nous avons sorti cinq albums complets en dix ans. Après la sortie de notre quatrième album, Rotten Garden, nous sommes passés d’un projet studio à un groupe qui tourne activement. Sur scène, nous exécutons de véritables cérémonies sombres.

Le titre de l’album est Nightside. Un titre très simple, court. Que pouvez-vous nous dire sur ce titre?

V : C’est un titre court et mémorable, avec une aura mystique. Tout l’album est dédié à la nuit et explore son essence surnaturelle dans le cadre de notre forêt sibérienne natale. Les morceaux suivent une séquence et sont unis par le thème local de l’obscurité nocturne omniprésente. Des âmes perdues errent sur des sentiers sinueux, incapables de trouver la paix.

Sur ce nouvel album, il y a une chanson intitulée Skull Gatherers. J’ai l’impression que c’est la plus « froide » de toutes. Vous utilisez principalement une voix très aiguë, qui fait penser à un vent nordique !

V : En effet, le chant aigu sonne de manière très perçante. J’aime atteindre les notes les plus hautes possibles et travailler avec le registre du sifflet – c’est l’un des éléments les plus expressifs qui rendent notre son reconnaissable.

Dans la chanson Impending Doom Premonition, vous avez ajouté du chant clair, de manière très subtile. Y a-t-il une intention particulière derrière ce choix vocal pour cette chanson ?

V : Mes amis m’ont aidé à enregistrer ces parties en chant clair. Nous avons réussi à obtenir un son proche d’un chœur d’église, mais sans aucun lien avec le chant orthodoxe. Nous nous sommes plutôt inspirés de Land of the Dead de Summoning. Nous avons le courage d’expérimenter des nouveautés dans notre musique, sans nous conformer à une vision conservatrice du genre. Nous avons toujours aimé le black metal justement parce qu’il permet une expression individuelle, en embrassant de nouvelles formes et en faisant évoluer le genre. Les groupes qui suivent rigidement des « canons imaginaires » et croient en la « pureté » du genre sont devenus prisonniers de leur propre ignorance.

Grima est-il officiellement un duo ou envisagez-vous d’ajouter des membres permanents un jour? Je pose la question parce que sur les pochettes et les photos officielles, on voit quatre personnes. Est-ce désormais un groupe au complet ?

V : Nous avons des musiciens permanents dans le groupe depuis un bon moment maintenant. Ce sont nos musiciens sur scène, et ils nous aident aussi sur certaines choses en studio. Cependant, Grima reste un duo en ce qui concerne l’écriture et le développement conceptuel. Nous faisons encore beaucoup de choses par nous-mêmes, et cette façon de travailler n’a pas changé depuis notre premier album. Cela dit, Vlad et Serpentum sont comme une famille pour nous, et nous leur accordons progressivement plus d’importance. Nous sommes un groupe qui tourne activement, et les gens voient quatre musiciens sur scène. Sans eux, nos concerts ne seraient pas possibles.

Et qu’en est-il de votre signature avec Napalm Records ? Comment cela est-il arrivé ?

V : Nous avons commencé à travailler ensemble récemment, donc il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. Mais ce que nous voyons jusqu’à présent, c’est un fort soutien pour notre nouvel album Nightside, et nous avons bénéficié d’une excellente promotion. Nous verrons ce qui se passera par la suite. Pour nous, en tant que groupe russe, c’est une immense opportunité. Être un groupe de metal ici n’est pas facile. D’une certaine manière, nous sommes isolés du reste du monde. Notre pays n’a jamais eu un marché du heavy metal développé, et peu de groupes russes sont connus à l’étranger. Nous sommes heureux de faire désormais partie d’une scène plus vaste.

Ce que j’aime particulièrement dans cet album, c’est que tout est audible, rien ne semble enterré dans le mix. J’ai l’impression que c’est un ALBUM, pas juste une collection de morceaux. Il faut l’écouter dans son intégralité, pas seulement quelques titres pris au hasard. Vous ressentez la même chose ?

V : Cet album doit être écouté en entier, piste par piste. Nous sommes de grands fans des albums conceptuels de King Diamond, Mayhem et Cradle of Filth. À l’ère du streaming, les gens ont oublié l’expérience d’écouter un album complet, et c’est une énorme perte. La musique est de plus en plus consommée comme un simple divertissement au lieu d’être appréciée en profondeur, comme de la littérature. La qualité sonore n’est pas seulement due au bon équipement de studio et à la performance, mais aussi à notre incroyable ingénieur du son, Vladimir Lekhtinen. Ensemble, nous avons obtenu un son détaillé et clair.

La nature semble être une énorme source d’inspiration pour Grima. Ici au Canada, nous avons probablement un climat similaire, mais beaucoup de gens imaginent la Sibérie comme l’endroit le plus froid du monde, couvert uniquement de neige. Pouvez-vous nous parler de votre environnement et de la nature qui vous entoure pour nous aider à comprendre en quoi cela vous influence autant ?

V : Notre ville natale, Krasnoïarsk, est située au milieu de la taïga. Nous sommes littéralement au cœur de la Sibérie. En été, il fait jusqu’à +30°C, et en hiver, la température descend à -30°C. Ce contraste est extrême, mais équilibré. Le tourisme est bien développé ici, et nous voyageons beaucoup dans notre région. Nous avons nos propres lieux de « puissance », d’inspiration. Chaque année, nous visitons les montagnes d’Ergaki, que l’on peut voir dans certains de nos clips, ainsi que le puissant fleuve Ienisseï. Les « Montagnes Rouges » sont souvent mentionnées dans nos paroles. Ce nom ne fait pas seulement référence à la couleur de la roche et du sol, mais aussi à une signification locale, car en vieux russe, « rouge » signifie « beau ». Malgré l’immensité de notre pays, nous considérons la nature sibérienne comme la plus remarquable. Elle offre des paysages sauvages et majestueux, qui nous inspirent à écrire des chansons et à créer des mythes. Dans notre travail, nous avons construit une mythologie basée sur notre perception de notre nature natale, y voyant une essence mystique et une force primordiale.

Grima utilise le bayan, une sorte d’accordéon, joué par un musicien nommé Sergey Pastukh. A-t-il une totale liberté de jeu ou le guidez-vous sur des passages spécifiques ?

V : Nous donnons toujours à Sergey la liberté d’exprimer ses mélodies. Quand le bayan est enregistré, nous avons généralement déjà des démos des morceaux, et nous choisissons des moments précis pour enrichir l’arrangement. Parfois, nous remplaçons des parties de clavier par du bayan ou nous mettons en valeur une mélodie de guitare. Nous aimons utiliser le bayan d’une manière proche de l’orgue, ce qui l’éloigne du son typique de l’accordéon.

Ces masques sur les photos sont incroyables. Que pouvez-vous nous en dire ? Ils ont l’air lourds. Les portez-vous sur scène ?

V : Ce sont des masques faits à la main qui imitent très fidèlement la texture de l’écorce d’arbre. Ils ne sont pas très confortables à porter en concert, mais je pense que tout musicien jouant masqué dirait la même chose. Ce qui compte le plus, c’est que nous nous transformons réellement en les mettant – notre posture, nos mouvements, et même notre état d’esprit changent. Sur scène, nous créons une véritable procession mystique, et notre image visuelle aide le public à ressentir cette magie.

Quels sont les plans pour Grima en 2025 ? Avez-vous des chances de venir en tournée ici ?

V : Ce printemps, nous partirons pour une grande tournée européenne, avec un passage au Hellfest. À l’automne, nous ferons une grande tournée en Russie pour soutenir notre nouvel album. Nous espérons qu’en 2025, nous pourrons élargir notre horizon et visiter le Canada et les États-Unis. Nous regardons l’avenir avec optimisme !

Merci beaucoup pour votre temps !

V : Merci à toi et merci de votre support!

L’album Nightside de Grima est disponible sur Napalm Records.

www.facebook.com/grimablackmetal

Photo: Viktor Shkarov